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Crise existentielle: Valeurs et personnalités

Il y a presque 70 ans, un psychologue existentiel, W.Wolf nous parlait déjà de crises et de la nécessité pour les résoudre de s’intéresser à la personnalité de l’individu et à son système de valeurs ou de représentations symboliques. Il introduit la notion de psychologie existentielle qui reste encore peu développée. Or ce domaine de recherche est particulièrement important lorsque l’on cherche à comprendre les causes de la violence. Celle-ci ne serait pas, en tous les cas exclusivement, le résultat d’une éducation, d’une culture, c’est-à-dire d’un contexte externe mais bien un effet-miroir d’une personnalité destructrice, une externalisation d’une haine contre soi-même.

Pour Wolf, la psychothérapie s’intéressera alors au système de valeurs de l’individu, celles dont il est véritablement porteur (personnalité primaire) dont celles qui sont génératrices de conflits internes. C’est tout l’enjeu de la psychologie existentielle. Il ne s’agit pas alors de renier l’importance de l’époque ou du contexte dans lequel on vit mais de lui donner sa juste place. La violence a toujours existé au-delà du temps et de l’espace et a toujours été provoquée par certains individus, trouvant dans l’action destructrice un exutoire à leurs tensions internes.

Je vous livre ici un extrait de son ouvrage (traduction libre):

Depuis les récents évènements, les implications philosophiques, les aspects culturels et les conséquences sociologiques des guerres et attentats sont discutés encore et encore. Pour un grand nombre de ces points de vue, l’époque à laquelle on vit serait responsable de tous ces désordres, époque marquée par la fin des idéaux, la perte de tout espoir et l’égoïsme de l’homme moderne. Depuis la découverte du concept d’inconscience l’homme a été libéré de sa responsabilité consciente. Si nous faisons abstraction que nous retrouvons les mêmes propos à toutes les époques sur lesquelles nous avons des témoignages, il semblerait … que la simple malchance ait été remplacée par des règles prédictibles.

Maintenant que nous savons que les forces inconscientes de la psyché humaine sapent son raisonnement conscient, les réactions de son environnement seraient largement provoquées de façon inconsciente par l’individu lui-même et les probabilités d’accidents suivent les lois des désordres psychiques. L’homme n’est plus victime du temps, de destin ou de la chance ; au contraire il façonne son temps et sa destinée. Ainsi les évènements extérieurs seraient le miroir de sa personnalité. Les crises de notre temps reflèteraient les crises de nos personnalités. C’est le conflit entre forces inconscientes et buts conscients, entre désirs et accomplissements, entre imagination et réalité qui de plus en plus divise la structure de la psyché humaine et oppose une partie de lui contre lui-même. Les luttes intérieures, l’autodénigrement, toutes ces tensions internes amènent l’individu à s’éloigner de sa conscience et à devenir déconnecté de sa personnalité.

Et ces tensions le poursuivent dans ses tentatives de fuite dans les distractions et autres intoxications. Il ne peut plus trouver le repos même lorsqu’il essaie de s’échapper de lui-même ; il essaie alors de se débarrasser de ses tensions en les externalisant et en transformant sa haine de lui-même en agression contre d’autres individus. Mais les crises dans notre environnement, les crises de notre temps, ne sont pas seulement un reflet de crises intra-personnelles : elles sont produites par l’Homme qui veut rendre supportable l’exclusion de lui-même, qui veut s’échapper des murmures de sa conscience et substituer la résolution d’un problème interne – son vide intérieur–  en imaginant ou créant un problème externe.

Ce que l’on pourrait appeler «  crise de personnalité »  n’est pas produite par l’époque à laquelle on vit, ni par une éducation ou l’expérience, mais serait une résultante de notre existence même. La crise en ce sens met en jeu le sens et l’orientation qu’un Homme donne à sa vie. Il doit reconnaître le challenge de son existence, aidé en cela par la psychologie existentielle. Celle-ci, définie comme l’interprétation des données en termes de systèmes de valeurs de l’individu, trouve des applications en psychothérapie existentielle quand l’attention du thérapeute se porte sur le domaine où les valeurs du patient sont remises en cause ou bafouées. Grace à une approche non directive, le patient non seulement revit ses conflits primaires mais aussi les crises qui, à un niveau symbolique supérieur, menacent toute l’organisation de sa personnalité et donc son existence. Cette redécouverte successive du Moi est un processus créatif et, comme tel, mobilise toutes les ressources créatives de l’individu. Au lieu du principe de destruction, la créativité devient le centre de sa personnalité ; une créativité tournée vers lui-même…. L’Homme questionnant son existence est le thème central de la psychologie existentielle et l’Homme créateur est le but premier de la psychothérapie existentielle…L’approche existentielle se concentre sur le système de valeurs de l’individu et tend vers une « psychologie des valeurs » (et des représentations symboliques).

L’approche de Wolf est riche d’enseignements et remet l’individu et sa personnalité au centre de l’analyse des crises et conflits. En effet le contexte ou à l’époque à laquelle on vit ne peuvent pas expliquer la permanence de la violence humaine qui a toujours existé. La théorie des personnalités offre des pistes de réflexion plus concrètes quant à la résolution des conflits et ceci à deux niveaux : au niveau de la personnalité elle-même car des personnalités primaires sont marquées par un excès d’énergie mais aussi parce que des tensions internes et des conflits de valeurs existent à l’intérieur de la psyché de l’individu (voir livre coaching existentiel et intelligence spirituelle). L’enjeu pour la psychologue existentiel sera de comprendre le système de représentations symbolique de son patient afin de lui faire prendre conscience de ses fonctionnements.

Reference

Carrio E. (2015) Coaching existentiel et intelligence spirituelle, Editions vie

Wolff W. (1950)  Values and personality. An existential psychology of crisis, Grune & Stratton NY

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