Les migrations: Menaces ou opportunités

24740003_sJ’entends autour de moi beaucoup de discours racistes et leurs conclusions toujours identiques : Toutes les difficultés de la France viendraient des immigrants. Le discours est toujours général (ils ont tous comme ceci ou cela) et sans appel (il s’agirait d’un « défi » auquel les pays européens doivent faire face) : « ils » ne faut pas les laisser rentrer. Le « ils » couvrent un ensemble indifférencié et les amalgames sont généreux à défaut du discours.
Or les migrations choisies ou imposées, de courte durée ou à plus long terme, ont toujours existé et c’est ainsi que ce sont développées les civilisations. Elles font partie de l’évolution humaine et certains continents se trouveraient forts dépeuplés si nos lointains ancêtres africains n’avaient pas migré. Les continents se sont peuplés par et grâce aux migrations. Il est donc difficile de parler de « défi». Tout au contraire, les migrations sont devenues un phénomène limité particulièrement depuis la création des Etats Nations tels que nous les connaissons, nés il y a quelques siècles, et de leurs frontières : les migrations ne touchent que 3% de la population mondiale. Le fait de parler de « défi » relève donc du ressenti, de la représentation psychosociale et non de la rationalité des chiffres.
L’INSEE et l’OCDE ont produit deux rapports récents sur l’état de la migration. Cela devrait mettre fin à quelques stéréotypes résistants:

Pour l’INSEE, je vous invite à consulter le rapport à partir du lien http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1524

Quant au rapport de l’OCDE d’octobre 2013, plus mondial, voici les principales lignes.
En 2012, on recensait dans le monde environ 232 millions de migrants internationaux dont environ six sur dix résident dans les régions développées. Depuis 1990, le nombre de migrants internationaux a augmenté d’environ 53 millions (65 %) dans les pays du Nord et d’environ 24 millions (34 %) dans ceux du Sud. Si pendant la période 2000-2010 le nombre de migrants a crû deux fois plus vite qu’au cours de a décennie précédente, depuis 2010, la progression du nombre total des migrants a ralenti, et le nombre total des migrants a crû plus rapidement dans les pays du sud que ceux du nord.

Dans les pays de l’OCDE, dont l’Europe, la migration concerne les diplômés du supérieur dont le nombre a augmenté de 70 % en dix ans pour atteindre 27 millions ne 2010/11. Ce sont les Etats unis qui accueillent le plus grand nombre de migrants en 2013 (45.8 millions soit 20 % du total), suivis de la Fédération de Russie (11), l’Allemagne (9.8) l’Arabie Saoudite (9.1), les Emirats arabes (7.8), le Royaume Uni (7.8), la France (7.5), le Canada (7.3), l’Australie et l’Espagne (6.5 chacun). Dans presque tous les pays d’origine, le taux d’émigration des personnes hautement qualifiées est supérieur au taux d’émigration total. Le problème le plus important souligné par l’OCDE est celui de la fuite des cerveaux, problème, vous vous en doutez, qui concerne plus le pays d’origine que le pays d’accueil.
Voilà les grandes lignes du tableau migratoire décrit par l’OCDE qui n’évoque à aucun moment un danger quelconque mais qui souligne tout comme le rapport de l’INSEE la fuite des cerveaux. Rien dans le faits n’évoquent ni la nouveauté, ni le défi. Il est d’ailleurs à noter que la migration n’est pas ressentie comme un défi selon les pays européens, certains y voyant même une opportunité comme l’Allemagne, qui a mis en place une véritable politique d’appel aux migrants.

Quelle est donc la vraie question? Quelle est l’origine des peurs sous-tendant les discours xénophobes et relayés par des médias en mal d’audimat ?

Plusieurs explications s’offrent à nous. La menace ressentie peut être d’ordre extérieur, une attaque lancée par un adversaire. Compte tenu de l’hétérogénéité des réponses politiques à ce pseudo défi par les pays européens et a fortiori mondiaux, cela est peu probable. Alors le défi est peut-être intérieur. Le phénomène migratoire nous oblige à affronter l’arrivée de l’étranger sur notre territoire. Il nous met au défi, c’est-à-dire qu’il nous met en demeure de faire quelque chose, tout en doutant, nous dit la définition du dictionnaire que nous soyons capable de le faire. Le défi dont il s’agit est l’accueil de l’étranger, de l’Autre, le partager des ressources, fussent-elles de l’argent, du temps ou du travail.

Et là toutes le peurs ancestrales de l’Homme, aussi anciennes que les mouvements migratoires, se réveillent : Et l’on entend des phrases tels que « pourquoi accueillir des migrants alors qu’il y a tant de problèmes chez nous ». Ou encore « Et si il y avait des terroristes parmi eux ? ». Alors il faut les rejeter, faire semblant pendant des mois de ne pas voir qu’ils meurent à nos frontières, pour mieux défendre son territoire et ce que l’on possède pour pouvoir le transmettre à son clan, et sa lignée contre un ennemi supposé, porteur de tous les maux, le bouc émissaire. Cela fait le bonheur de l’extrême droite, néo populiste, qui revient en force en Europe sur fonds de crise économique dont la France peine à sortir faute de réformes structurelles et non d’arrivée de migrants.

Tout cela sur fonds de crise de confiance dans les systèmes politiques dont la construction européenne fait partie. Car le véritable défi est là : non dans le phénomène migratoire qui représente pour certains pays une bouffée d’oxygène à un pays vieillissant, mais dans la nécessité de changer de paradigme.
Comment pouvons-nous migrer d’une représentation interne du monde où la responsabilité de tous les maux pèse sur l’Autre à une vision plus réaliste et plus humaniste. Comment changer nos paradigmes, nos propres systèmes de pensée ? Quels sont les modes de pensée qu’il nous faut changer ?

Trois voies s’offrent à nous : la voie de l’intelligence, la voie du cœur et la voie de l’esprit.
La voie de l’intelligence consiste aussi à analyser la situation telle qu’elle est, à ne pas faire des amalgames et des généralisations (par exemple comme le plus courant actuellement entre musulmans et pays arabes). Pourquoi aussi ne pas entreprendre les réformes structurelles qui s’imposent en France et où les migrations ne sont qu’un paramètre ?
La voie du cœur : La réponse ici est personnelle. Comment chacun de nous nous situons-nous dans l’accueil de l’autre, de l’étranger ? Que ressentons-nous ? De la peur, de la curiosité ? Considérons-nous en notre for intérieur qu’après tout cela n’est pas notre problème et que le plus important est de défendre nos possessions ? Ou devons-nous organiser l’accueil de migrants ?
La voie de l’esprit : Nous sommes ou nous avons tous été des migrants. Nous savons que la roue tourne et que sans solidarité nous ne pouvons pas survivre. Mais nous savons aussi le premier voyage commence par la descente en nous-même.

0 responses on "Les migrations: Menaces ou opportunités"

Laisser un commentaire

X
%d blogueurs aiment cette page :