L’intelligence spirituelle : un modèle de leadership

Le mot « spiritualité » effraie-t-il le monde des entreprises et des organisations comme me le disent certains amis consultants d’entreprise et donc faut-il avoir peur du sentiment d’être connecté à soi –même, aux autres, voire même à l’univers ? Si le mot fait peur, alors changeons le mot pour décrire la même réalité et remplaçons le par « interconnexion » pour saisir le sens de la spiritualité tel que je le conçois et de son rôle vital pour un leader/dirigeant.


Car la spiritualité n’est pas un simple concept philosophique mais une façon d’être et de se comporter afin de trouver sa juste place que ce soit dans sa vie personnelle ou professionnelle, la personnalité de l’individu restant la même quel que soit le contexte. L’image d’un tableau me vient à l’esprit : Celui peint par Chagall, l’échelle de Jacob, entre descente en soi-même, en ses émotions et pensées et reliance à la source d’inspiration, de créativité pour trouver sa juste place, légitimité accordée par les autres ou l’univers.
Par contraste avec les religions, d’ordre moral et communautaires, la spiritualité est quant à elle d’ordre éthique et individuel. Inutile de se référer d’une religion pour accéder à la spiritualité ; il suffit de se connecter à soi et aux autres qui nous indiquent qui et où nous sommes de notre chemin. Et cela est transposable au monde de l’entreprise, entreprise qui ne revendique pas d’appartenance à une religion lorsque ses fondateurs ou ses dirigeants sont guidés par des principes philosophiques ou des valeurs, appelés généralement dans ce cercle « vision stratégique».

Et dans ce monde mouvant, plus que jamais, la spiritualité a besoin d’investir le champ du management car elle donne du sens à l’organisation et aucune organisation ne peut survivre sans connaître sa place, place économique naturellement mais aussi d’ordre existentielle non seulement vis-à-vis de ses concurrents, mais aussi de ses clients, des institutions, et ce maintenant à niveau global. Comment aussi diriger des équipes s’ils n’ont pas le sentiment de participer à quelque chose de plus grand que le travail routinier qui leur est proposé voire imposé ? Ainsi aucune entreprise ne peut survivre sans spiritualité, sans la compréhension de son rôle, du sens de son action, de ses responsabilités, bref de sa place dans cet environnement global et mouvant; tout comme un individu peut devenir dépressif s’il ne comprend pas quel est le sens de sa vie et sa place dans la société.

La façon d’intégrer la spiritualité dans le management doit être réfléchie, comprise pour assurer un développement holistique et harmonieux de l’organisation et des personnes qui la composent. Et cela fait appel à un certain type d’intelligence : l’intelligence spirituelle qui agit comme catalyseur vers un leadership « inspirationnel ».
La compréhension dans le domaine des théories de la personnalité ont très vite évoluées et nous sommes passés en quelques décennies du QI, au QE et maintenant au QS, entendez du Quotient Intellectuel au Quotient émotionnel et maintenant au Quotient Spirituel.

Ayant longtemps été la référence dans nos écoles, le développement du QI au détriment des autres formes d’intelligence est loin de donner un développement optimal d’une organisation. En effet une intelligence aussi brillante soit-elle ne fait pas un brillant manager et la différence est en partie due à l’intelligence émotionnelle c’est-à-dire la façon d’entrer en contact avec l’environnement et la faculté de comprendre ses émotions. (D. Goleman, 1996).

En 2000, Danah Zohar parle d’un troisième type d’intelligence, l’intelligence spirituelle. Alors que les ordinateurs ont un quotient intellectuel, les animaux une intelligence émotionnelle, seuls les hommes ont une intelligence spirituelle et ceci dépasse largement le phénomène religieux qui s’en inspire. L’intelligence spirituelle englobe plusieurs dimensions : la conscience de soi, l’idéalisme (valeurs et vision), la capacité d’affronter l’adversité, l’ouverture et la curiosité, la reconnaissance, le courage et l’indépendance, l’écoute et la capacité de voir, de demander pourquoi, la capacité à recadrer, la spontanéité ou l’émerveillement. Elle fait partie de l’équilibre de l’homme et est différente d’un individu à l’autre selon les traits de personnalités ce chacun, ce qui explique d’ailleurs la force de l’intelligence collective.
Encore faut-il que cette intelligence spirituelle puisse s’exprimer dans sa vie quotidienne et notamment sur son lieu de travail.

Mais est-ce possible car diriger une entreprise veut dire planifier, organiser, gérer du personnel, évaluer, contrôler (un groupe d’une ou plusieurs personnes ou entités) afin d’atteindre un but, des objectifs. La prise de décision fait partie intégrante de toutes activités de management/leadership et un manager-leader a souvent l’impression de marcher sur un fil lorsqu’il doit choisir entre diverses alternatives et lorsque toute décision impacte non seulement le résultat, positif ou négatif, mais aussi la culture de l’organisation.
C’est là que l’intelligence spirituelle joue un rôle car non seulement la décision doit être la bonne mais aussi doit être capable de faire adhérer les équipes aux valeurs qui sous-tendent la décision pour à leur tour les faire siennes.

Pour trouver la décision juste, le leader doit écouter et oser et c’est ce que font en général les leaders importants de ce monde, écouter et oser laisser parler son intuition, sentir que la décision ou l’action est juste par rapport à soi, aux autres, à l’univers, transcender ses peurs, source d’agressivité, ou ses blessures puis agir en co-intelligence, avec soi et l’environnement. La théorie U d’Otto Scharmer ou le livre de Joseph Jaworski, Source, décrivent parfaitement ce processus chez les grands leaders de ce monde mais ceci n’est pas l’apanage de quelques élus. Il appartient au manager/leader de créer un environnement permettant à chacun de vivre ce processus de créativité et d’exercer son intelligence spirituelle, à moins que la peur du risque de perte de pouvoir ne soit trop forte et il est vrai que ce risque existe si ce pouvoir n’est basé que sur la force ou la coercition.

Puis il faut aussi faire adhérer à la décision car le coût d’une non-adhésion dans l’entreprise est toujours élevé. Or, les êtres humains ont un fondamental besoin d’appartenance (Maslow, Baumeister et Leary, 1995) et ce besoin ne peut être satisfait que si l’individu se sent relier à quelque chose de supérieur ou transcendant qui le porte ou le fait grandir, que ce soit des valeurs, une vision, bref une décision à laquelle puisse adhérer son intelligence spirituelle. C’est ainsi que le leader « inspirationnel » atteindra l’excellence organisationnelle.

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