Partager la richesse

37645773_sLe sujet du partage des richesses est extrêmement large et a besoin d’être limité. En effet, le partage de la richesse renvoie dans l’esprit de beaucoup de personnes à des notions essentiellement économiques (division capital, travail, rémunérations des facteurs de production que sont le capital et le travail comme le montre l’article écrit par M Rémy Prud’homme). Or les notions de partage et de richesse dépassent largement de cette approche exclusivement économique qui est caractéristique de la pensée depuis le 18e.
Ceci explique aussi souvent la difficulté à communiquer particulièrement dans les débats politiques où les personnes ne mettent pas la même signification sous les mêmes mots.
Il est donc important de délimiter le sujet et son angle d’approche.

1- Le partage
Définition du partage : Diviser en parts.
Pourquoi partager ? Crise de valeurs et décomposition du lien social
Lorsque l’on parle de richesse et à cause de la forte intervention de l’Etat en France, le mot « redistribution » est plus souvent utilisé que le mot partage. Ceci suppose alors une intervention de l’Etat pour corriger des phénomènes d’accumulation personnelle de biens économiques, souvent assimilée aux effets pervers du capitalisme. Il est à noter toutefois que l’accumulation de richesses à titre personnel est aussi ancienne que l’homme. Ainsi deux personnes peuvent recevoir le même capital et être dans une situation totalement inégale sur le plan économique quelques années plus tard. Tout dépend des qualités intrinsèques de chaque personne ou de l’environnement dans lequel elle se trouve, entre recherche de sécurité (salariat) et goût du risque (entrepreneur). Aucune forme n’est à bannir ; entre les deux extrêmes tous les modèles coexistent et sont nécessaires
Dans nos cultures judéo-chrétiennes, l’obligation morale du partage des richesses n’est pas ouvertement remise en cause (le pourquoi) mais le problème reste le comment. Comment organiser le partage dans une culture démocratique et multiethnique dans une société développée? Que partager ou comment réintroduire les notions de temps (approche intergénérationnelle) et d’espace (local ou international) dans le partage ? Et enfin que partager ?
Responsabilité du partage
La notion de partage peut déjà être étudiée sous deux aspects : individuels ou collectifs. Dans un pays ou l’Etat est centralisé comme la France, la tentation est grande de déléguer entièrement le problème du partage à l’Etat tout en reniant toute responsabilité individuelle. Or ce serait méconnaitre la notion de responsabilité dans le partage et l’impact sur les moyens à mettre en œuvre. En effet, ceux-ci seront différents selon que la démarche est individuelle et spontanée ou coercitive sous l’action de l’État.
A mon sens, la volonté de partage est avant tout affaire de choix individuel et de morale personnelle. Afin de pallier le risque représenté par l’égoïsme individuel et l’inégalité intrinsèque entre les individus, des structures se sont créés et les États sont intervenus pour organiser le partage dans l’espace, la réflexion de l’organisation du partage dans le temps (intergénérationnel) en étant encore à ses balbutiements.
En France, le partage (ou tout au moins la redistribution partielle des richesses) a été organisé dans le cadre des églises. Puis après la révolution l’État a pris le relais dans un contexte de révolution industrielle avec pour objectif de maintenir l’ordre social et de pallier les disparités les plus flagrantes. De moral, le partage est devenu une obligation politico-économique : Politique afin d’éviter les risques d’explosion sociale, économique car pour pouvoir vendre, encore faut-il qu’il existe des acheteurs.
C’est à cette période qu’est apparu le salariat dont la base est l’existence d’un lien de subordination envers un employeur qui, au moment de la révolution industrielle, détenait du capital. Nous sommes les héritiers de cette époque et les discours aujourd’hui encore montrent encore la forte empreinte des théories marxistes dans le fantasme populaire entre d’un côté un méchant et riche patron et de l’autre des ouvriers salariés spoliés, tous étant d’accord que la principale source de richesse étant l’entreprise. Est-ce encore le cas lorsque la société a évolué de façon si profonde (voir état des lieux faits par Bernstein) ?
Mais le contexte a changé et s’est considérablement complexifié. D’abord, les idéologies du 19e siècle qu’elles soient capitalistes ou marxistes ont toutes montré leur limite et la frontière entre droite et gauche est devenue plus floue ; A une classe ouvrière importante s’est substituée une classe dit moyenne très hétérogène et multiethnique.
Ensuite, le temps s’est contracté et l’espace s’est élargi avec les révolutions numériques ; très récemment le politique tente de reprendre le dessus sur l’économique suite à une crise financière internationale.
Et en France, un phénomène relativement récent est apparu : L’économie dite « sociale et solidaire » qui se substitue à l’action de l’État dans bon nombre de secteurs. Les principaux acteurs sont les associations (statut loi de 1901), et surtout les mutuelles (banques, assurances, mutuelles complémentaires qui n’ont plus de mutuelles que le nom tout comme les associations) fonctionnant comme de véritables sociétés tout en n’étant pas soumises aux mêmes contrôles et où recherche d’équilibre financier à tout prix se heurte à des questions d’éthique ; on pourrait parler de recherche de partage rentable.
D’où la première réflexion : qui doit organiser le partage dans le monde actuel :
– Doit-il se limiter aux frontières ? sinon quel est le bon niveau d’organisation : la région, l’état, l’Europe, les organisations internationales
– En France, sur quelle structure ou entité l’organisation du partage doit-elle reposer : l’individu, des organisations caritatives, l’Etan, les associations de l’économie sociale ?
Que partager ?
Le partage peut se faire à trois niveaux :
• Le partage de biens matériels,
• Le partage des biens immatériel : L’accès aux biens dits publics, notamment l’éducation et la santé,
• Le partage des résultats de la création de richesse économique.
Beaucoup de choses sont de facto partagées « gratuitement » dans un pays comme la France : La langue, l’histoire, le style de vie…tout ce que l’on nomme la culture. Le partage pose ainsi indirectement le problème de l’intégration des émigrés. Veut-on partager avec eux notre culture ou leur imposer afin de préserver une identité nationale si importante en temps de guerre, une identité nationale qui, par ailleurs et quel que soit le pays, se dilue dans des échanges multiculturels quotidiens ?
Il est donc important de définir la « richesse » dont on parle sans nécessairement se limiter au partage de la richesse économique produite par les entreprises.
2- La richesse
Définition de la richesse : De quelle richesse parle-t-on ?
Immédiatement vient à l’esprit le fameux livre d’Adam Smith, la richesse des nations, document classique en économie et fondateur du libéralisme économique.
Depuis cette période (18ème siècle), la notion de richesse repose sur les progrès continus de la science et de la technologie et donc une idée purement économique du bien être est apparue dont le niveau se mesure en termes de niveau et de taux de croissance de production et de consommation. Produire et consommer de plus en plus et faire en sorte que les pays les plus pauvres adoptent le style de vie des pays du Nord. Les idéologies du 20e siècle offrent un panel de possibilité pour maximiser le progrès technique et la croissance économique, en utilisant alternativement (ou parallèlement) les mécanismes du marché (libéraux) ou la planification (marxiste) selon les périodes. Les 2 systèmes ont montré leurs limites et nous faisons face à une crise internationale : alimentaire, financière, environnementale et de valeurs.
En fait, les deux théories économiques s’intéressaient au comportement et partaient du principe que l’Homme n’était heureux que s’il pouvait satisfaire toutes ses envies par la vente et l’achat de marchandises. La priorité se déplaça du bonheur à la liberté. Mais l’être humain peut-il se limiter à un homo economicus. En effet la richesse ne peut pas être réduite à une notion économique ou un pouvoir d’achat, comme la puissance d’un Etat ne peut plus être réduite à la force de son armée comme c’était encore le cas avant la chute du mur de Berlin.
Qu’est donc que la richesse ?
Wikipedia : La richesse peut être définie comme l’abondance de biens ou de revenues. Mais surtout elle constitue surtout l’état dans lequel se trouve celui dont les ressources permettent de satisfaire à tous ses besoins. Le riche possède donc généralement plus de ressources que ce dont il a besoin. Par opposition, la pauvreté peut être définie comme l’incapacité à subvenir à une partie de ses besoins. Il manque au pauvre une certaine quantité de ressource pour satisfaire à tous ses besoins. Ces ressources sont de plusieurs ordres : santé, éducation, …
Cette définition m’a paru intéressante car elle fait référence aux concepts de besoins et de ressources et effectivement ce que l’on cherche à résoudre dans la problématique du partage de la richesse est l’adéquation des besoins et des ressources.

Les besoins se situent au niveau de l’interaction entre l’individu et l’environnement. Il y a plusieurs façons de classer les besoins dont la pyramide de Maslow (besoins physiologiques, sécurité, besoins sociaux, estime des autres et estime de soi) mais ce n’est pas la seule classification.
La notion de besoins varie dans le temps et dans l’espace et les besoins ont évolués dans un pays comme la France où à la notion de consommation se substitue la notion de recherche de bien-être voire de bonheur.
D’où les questions : Quels besoins sont à satisfaire ici et maintenant ? La société de consommation est-elle dépassée ?
Mais parce que les besoins ne sont pas seulement primaires et économiques, depuis 1990, on ne mesure plus la pauvreté d’un pays à partir de son PIB mais d’un indice de développement humain dont la mesure économique n’est plus qu’une composante parmi les 3, à savoir :
• la santé /longévité (mesurées par l’espérance de vie à la naissance), qui permet de mesurer indirectement la satisfaction des besoins matériels essentiels tels que l’accès à une alimentation saine, à l’eau potable, à un logement décent, à une bonne hygiène et aux soins médicaux.
• le savoir ou niveau d’éducation. Il est mesuré par le taux d’alphabétisation des adultes (pourcentage des 15 ans et plus sachant écrire et comprendre aisément un texte court et simple traitant de la vie quotidienne) et le taux brut de scolarisation (mesure combinée des taux pour le primaire, le secondaire et le supérieur). Il traduit la satisfaction des besoins immatériels tels que la capacité à participer aux prises de décision sur le lieu de travail ou dans la société.
• le niveau de vie (logarithme du produit intérieur brut par habitant en parité de pouvoir d’achat), afin d’englober les éléments de la qualité de vie qui ne sont pas décrits par les deux premiers indices tels que la mobilité ou l’accès à la culture.
Les pays de l‘OCDE rajoute un quatrième indicateur, l’indicateur d’exclusion représenté par le pourcentage de personnes en chômage de longue durée.
La richesse est donc représentée par l’ensemble des ressources permettant de satisfaire ces 4 composantes ; elle ne peut être réduite à richesse économique. A quoi cela servirait-il d’être riche en termes monétaires si les systèmes de santé n’existaient pas ou si nos enfants étaient analphabètes. Ce serait certainement le plus sûr moyen de retourner à l’état de guerre tel qu’il existe dans les pays en voie de développement.
Réduire aussi le thème du partage de la richesse à une discussion sur le partage de la richesse produite entre travail et capital serait à mon sens trop réducteur, d’abord, car le travail ou le capital produise des revenus et non de la richesse et car ces revenus sont individuels pour le travail et individuel, financiers ou fiscaux pour le capital et qu’enfin, il existe des systèmes de redistribution massif (prélèvements…)
Les indicateurs économiques tels que le PIB paraissent donc très incomplets (voir rapport commission Siglitz de septembre 2008 qui préconise la mesure du « bien être et qui intègrerait la santé, l’éducation ou les activités non marchandes comme la garde des enfants…, ou ce que l’on nomme le secteur de « économie sociale » actuellement en fort développement).
De plus, peut-on parler de création de richesse fusse t’elle économique à ce niveau avec la baisse de productivité connue actuellement et une économie de type keynésienne ne résistant que grâce à des déficits budgétaires. Nous sommes loin des théories libérales d’Adam Smith, fort heureusement car globalement la France résiste mieux à la crise que les Etats Unis, bien que l’on assiste à un démantèlement (restructuration) de type libéral des services sociaux, de santé… en France actuellement ce qui comme le souligne Bernstein dans son article contribue à la perplexité des français actuellement.
Quelles sont les richesses à partager en France ?
La richesse de la France est alors à chercher en dehors de sa richesse économique basée sur des entreprises. Il est intéressant d’ailleurs de noter à ce niveau que le tissu français est constitué surtout de PME, qu’elles se situent dans le domaine du bâtiment, de la santé, et du commerce de détail plutôt que dans l’industrie lourde.
La richesse de la France n’est-elle pas plutôt sa qualité de vie : Agriculture bio, PME dont il faudrait soutenir les budgets recherche et développement, développement des techniques numériques dans l’éducation, développement des centres de santé proches des citoyens, organiser des espaces où tous les citoyens pourraient se rencontrer et échanger (le service militaire obligatoire n’existant plus, l’un des rares lieux où des personnes de différentes classes sociales peuvent encore se rencontrer restent curieusement les partis politiques), la mise en place de fora … Les pistes de réflexion sont nombreuses.

Conclusion
Avant de parler de partage, je pense qu’il est important de définir de quelle richesse il est question? En effet la richesse ne peut plus être définie comme l’accumulation et la consommation de biens économiques et le partage au fait de transférer des flux monétaires pour atténuer les disparités les plus graves dans la société ou calmer les plus mécontents.
Cela revient à évoquer le type de société souhaitée. De grands courants se sont dessinés depuis une quarantaine d’année : Remise en cause du consumérisme et du libéralisme sauvage, prise de conscience de l’interdépendance avec les autres pays (mondialisation)…. Les crises ont amené la multiplication de débats à ce sujet avec la recherche d’un nouveau type de société basée sur le bien-être, voir le bonheur qui deviendrait le signe d’une société « riche ». La France a historiquement été précurseur de ces changements de pensée.
Que proposer ? La richesse de la France est sa qualité de vie. Au moment des grands enjeux écologiques, sa position est unique mais demande un changement culturel pour lever blocages et morosité:
– sur le partage, appel à la responsabilité individuelle et l’engagement citoyen, pas seulement sous forme d’argent mais de temps (aux Etats unis, la participation des lycéens à la vie citoyenne est indiquée sur les livrets scolaires)
– sur les besoins, analyser les besoins en termes d’éducation, de santé, de niveau de vie : que veulent les citoyens et que leur propose t’on (écarts de niveau entre les écoles, accès au système de santé difficiles que l’on puisse ou non payer d’ailleurs, la vraie richesse dans le domaine médicale est d’avoir la bonne information, accès à la culture…, fin des corporations)
– sur la richesse, identifier les ressources. La France est un pays de services, un pays reconnu pour sa qualité de vie. Sur la base de ce constat des politiques peuvent se dégager :
o Agriculture
o Bâtiments : politique d’isolation, accès aux logements
o Nouvel équilibre territorial avec création de services sociaux de proximité et rétablissement de la notion de service public
o Relance de la recherche et développement dans les nouveaux secteurs du développement durable
o Utiliser au mieux la révolution numérique (surtout dans le domaine de l’éducation, de la santé, de l’information et de la consultation politique : démocratie participative et citoyenne)
o Relancer la politique culturelle
o Préserver le patrimoine naturel (secteur du tourisme)
o Et aussi reprendre sa place dans les organisations internationales (dont européennes) où beaucoup d’enjeux sont discutés.

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