Pistes pour un nouveau paradigme économique

20994373_sLes 8 innovations institutionnelles qui pourraient rénover notre système économique.

Otto Scharmer , dans une interview au Gardian, suggère huit façons de transformer notre système capitalisme, aussi désuet que dangereux, pour aller vers une économie du 21e siècle qui créerait du bien-être pour tous.  Or pour cet économiste américain, fervent tenant de l’intelligence collective, il est possible de trouver des solutions qui réformeraient le système sans jeter le bébé avec l’eau du bain.
Nous vivons dans une époque de profond bouleversement. Les crises mondiales – financière, alimentaire, énergétique,  ressources naturelles,  pauvreté – défient presque toutes les sociétés. Pourtant, au cours des prochaines décennies, ces perturbations vont également créer, et créent déjà, des opportunités pour un profond renouveau, tant sur les plans personnel, social que global.

Les crises mondiales sont de trois ordres: écologiques, sociales et spirituelles. La fracture écologique se manifeste par des symptômes tels que la destruction de l’environnement et est vécue comme une cassure entre le Moi et la nature. La fracture sociale se traduit par l’augmentation de la pauvreté et des inégalités, de la polarisation et de la violence et est vécue comme un fossé entre le Moi et le Moi. Enfin la fracture spirituelle est vécue comme un décalage entre le Moi actuel et le Moi émergent et futur.
La déconnexion entre ces deux Mois peut se manifester par de l’épuisement professionnel, de la dépression voire le suicide. En 2010, plus de gens sont morts de suicide que d’assassinats, de guerres et de catastrophes naturelles combinées. Un autre symptôme de ce décalage est le découplage du PIB et du bien-être réel des personnes: nous produisons plus, nous consommons davantage et nous sommes plus occupés que jamais, mais notre bonheur et notre bien-être déclinent.

Quelles sont les forces motrices de ces trois divisions?

La force motrice la plus importante réside dans nos paradigmes obsolètes de pensée économique, qui continuent de refuser toute mesure de bien-être.
Les principales lacunes de la pensée économique classique peuvent se résumer en deux mots: externalités et conscience. Les experts ont bien compris les externalités; mais les question liées à la conscience sont rarement discutées.La conscience n’est pas une catégorie de la pensée économique. Pourtant, l’histoire de l’économie et de la pensée économique moderne est le produit d’une conscience humaine en évolution. L’économie moderne est basée sur la division du travail, avec son corollaire: comment pouvons-nous coordonner toutes les activités individuelles pour en faire un ensemble cohérent?

Réponses historiques à l’activité de coordination
La coordination centralisée a amené une organisation des personnes à partir de hiérarchies et la planification centrale a donné lieu à des économies centralisées – tels que le socialisme et le mercantilisme – incarnant des formes traditionnelles de valeurs et de pensées.
La coordination décentralisée signifiait une organisation autour des marchés et de la concurrence avec l’apparition d’un second secteur (privé), l’économie de marché libre, le laissez-faire, incarnant un ego-système – c’est-à-dire centré sur le bien-être personnel.
La coordination axée sur l’intérêt du groupe a vu apparaitre une organisation autour de dialogues entre parties prenantes et de négociations qui ont donné lieu à l’apparition d’un troisième secteur (social) et l’économie sociale de marché, s’appuyant sur la prise en compte des parties prenantes – préoccupation pour son bien-être personnel et celui des parties prenantes autour de soi.
Enfin, il y a la coordination autour d’une globalité. Cette organisation autour de l’action collective basée sur une prise de conscience plus large met l’accent sur la formation de relations co-créatrices avec les parties prenantes. Il incarne l’écosystème – une préoccupation pour le bien-être de tous.
Le problème avec le capitalisme d’aujourd’hui, pour paraphraser Einstein, est que nous « essayons de résoudre les problèmes avec la même conscience qui les a créés ». Pourtant, il n’y a pas plus grand gaspillage de ressources économiques aujourd’hui que celui de traiter les problèmes du 21e siècle tels que le changement climatique avec des modes de pensée et des mécanismes nés dans le contexte sociétal des siècles précédents.

Repenser le récit du 21ème siècle
Quand le capitalisme du laissez-faire de la fin du 19e et début du 20e siècles a atteint ses limites sous la forme de plus de pauvreté, d’inégalité, de pollution, et de faillites financières, les sociétés y ont répondu avec des innovations institutionnelles qui ont ouvert la voie à une nouvelle étape de l’évolution du capitalisme (syndicats, banques centrales, des lois pour protéger la main-d’œuvre, les agriculteurs et l’environnement).
Cette étape,  l’économie sociale de marché du 20e siècle, se heurtent maintenant aux externalités mondiales. Et de nouveau, comme il y a un siècle, nous sommes mis au défi de trouver des solutions  pour répondre à ces questions à un niveau en rapport avec le défi qu’elles posent.

Il y a huit innovations institutionnelles qui pourraient ensemble permettre au système économique de fonctionner plus intelligemment au-delà des silos et des frontières en déplaçant la logique économique de l’ego à l’écosystème:
1. Nature : Au lieu de traiter les dons de la nature comme des marchandises que nous achetons, utilisons et jetons, traiter le monde naturel comme un écosystème que nous devons cultiver.
2. Entrepreneuriat : Réinventer notre concept du travail et plutôt que de penser de travail comme un « job » promouvoir l’esprit d’entreprise et la passion.
3. Argent : Réinventer notre concept de l’argent. Plutôt qu’extractif, le capital doit être intentionnel, servant plutôt que nuisant à l’économie réelle.
4. Technologie : Réinventer la façon dont nous développons des technologies. Permettre à tous les gens d’être créateurs plutôt que des bénéficiaires passifs.
5. Leadership : Au lieu de super-ego individuel, nous avons besoin de renforcer la capacité de co-expérimenter et co-créer le futur au niveau de l’ensemble du système.
6. Consommation : Plutôt que de promouvoir le consumérisme et utiliser des indicateurs comme le PIB, aller vers le partage et la consommation collaborative, et en utilisant des mesures de bien-être tels que le Bonheur National Brut (BNB) et l’Indicateur de Progrès Véritable (IPV).
7. Gouvernance : Réinventer la façon dont nous nous coordonnons. Aller de l’avant en complétant les trois anciens mécanismes (hiérarchies, marchés, et les groupes d’intérêts corporatistes) par un quatrième mécanisme: agir à partir d’une conscience partagée et d’une vue d’ensemble.
8. Propriété : Améliorer les anciennes formes de l’État et la propriété privée en créant une troisième catégorie de droits de propriété: la propriété des biens communs qui protègerait mieux les intérêts des générations futures.
Ces huit « points d’acupuncture » forment un ensemble qui pourrait nous aider à passer du vieux capitalisme à une économie du 21e siècle qui créerait du bien-être pour tous.

Traduction d’un article du Gardian-2015

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