Le syndrome de l’imposteur est un mal insidieux qui touche de nombreuses personnes, en particulier les femmes leaders. Il s’agit d’un sentiment persistant de ne pas mériter son succès, accompagné de la peur constante d’être éventuellement «démasquée». En tant que femme ayant grandi dans une culture patriarcale, née en Algérie pendant la guerre et ayant fait face à d’innombrables défis, j’ai moi-même traversé cette épreuve. Aujourd’hui, je souhaite partager mon expérience pour aider celles qui ressentent ce fardeau.
Une enfance marquée par les stéréotypes
Née en Algérie pendant la guerre d’indépendance, j’ai grandi dans une société où les rôles étaient rigoureusement définis : une femme devait se marier, avoir des enfants et rester discrète. Cette vision était omniprésente dans ma famille et mon entourage. Pourtant, dès mon plus jeune âge, je ressentais un profond désir de briser ces barrières. Mais ces attentes culturelles ont laissé une empreinte durable, nourrissant des doutes sur ma légitimité lorsque je décidais de m’écarter du chemin tracé.
Le premier pas dans le vide : créer mon cabinet d’expertise comptable à 25 ans
À 25 ans, j’ai fondé mon premier cabinet d’expertise comptable. Bien que fière de cet accomplissement, je ressentais constamment le besoin de prouver ma valeur. J’avais peur que mes clients, en particulier les hommes, perçoivent mon jeune âge ou mon genre comme un handicap. À chaque succès, au lieu de savourer ma victoire, je m’interrogeais : « Ai-je vraiment mérité cela, ou ai-je simplement eu de la chance ? »
Un parcours de vie à contre-courant
Mon exil en France a été une étape clé dans mon évolution. Malgré les défis d’être une femme étrangère dans un environnement compétitif, j’ai créé et développé plusieurs entreprises jusqu’en 2000. Plus tard, en tant que chef des finances pour les Nations Unies et consultante pour la Commission européenne, mes missions m’ont emmenée aux quatre coins du monde. Chaque nouvelle étape apportait son lot de responsabilités, mais également une question récurrente : « Suis-je à la hauteur ? »
L’art comme thérapie et refuge
Avec le temps, j’ai trouvé un équilibre grâce à l’art. Que ce soit à travers l’écriture, la peinture ou la musique, ces activités m’ont permis de reconnecter avec mon essence et de m’affranchir des jugements extérieurs. Elles ont été un véritable outil de reconstruction et de prise de confiance.
Comprendre et surmonter le syndrome de l’imposteur
Le syndrome de l’imposteur se manifeste par un sentiment de délégitimation malgré des preuves objectives de compétence. Les femmes, en particulier celles occupant des postes de leadership, y sont souvent sujettes. Plusieurs raisons expliquent cela : les stéréotypes de genre, le manque de modèles féminins dans des postes à responsabilité, et une auto-critique plus marquée que chez leurs homologues masculins.
Pour surmonter ce syndrome, voici quelques étapes-clés :
- Reconnaître et verbaliser ses sentiments : Prendre conscience du syndrome est la première étape. Parler à des mentors ou à des pairs peut aider à démystifier ces sentiments.
- Changer de narration interne : Apprendre à reconnaître et célébrer ses succès au lieu de les attribuer à la chance.
- Chercher des modèles inspirants : S’entourer de femmes leaders qui ont surmonté ces doutes peut être une source de motivation.
- Développer des compétences en pleine conscience : La méditation et d’autres pratiques permettent de mieux gérer le stress et d’améliorer la confiance en soi.
- Accepter l’imperfection : Personne n’est parfait, et l’erreur fait partie de l’apprentissage.
Aujourd’hui, je consacre une partie de mon temps à accompagner des femmes qui, comme moi, ont ressenti ce doute profond. Les aider à identifier et à éviter les pièges du syndrome de l’imposteur est pour moi une mission essentielle.
Conclusion
Surmonter le syndrome de l’imposteur n’est pas un processus linéaire. Cela demande du temps, de la réflexion et un travail constant sur soi. Mais il est possible de s’en libérer, de se réapproprier sa légitimité et d’incarner pleinement son rôle de leader. En partageant nos expériences et en soutenant celles qui suivent le même chemin, nous contribuons à créer un monde où chaque femme peut se sentir à sa place.
Elisabeth Carrio